Témoignage

Dans le vif du sujet – En sortant du collège

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(âmes sensibles s’abstenir)

Dans mon cas, j’ai découvert la pédophilie assez tôt. Ce qui est le principe même de la pédophilie: on ne la découvre jamais tard, toujours trop tôt.

En 1999, ma famille et moi vivions dans le 14ème arrondissement de Paris. J’allais cependant dans un collège du 3ème. Bien sûr, j’aurais pu rentrer en classe de 6ème au collège Giacometti se trouvant juste en face de chez moi ce qui aurait été plus pratique. Pourtant, ayant déménagé l’été précédent du Marais, je souhaitais garder le contact avec ce quartier (et non mon cercle d’amis).

Un soir d’automne, à la sortie des cours, je me rendais à la rue Réaumur où mon père m’attendait dans une toute petite boutique tenue par une réparatrice en horlogerie que j’aimais beaucoup.

Il faut savoir que deux pâtés de maisons séparaient ces deux endroits et, malgré mes onze ans et le fait que je faisais une heure et demie de métro tous les jours et la plupart du temps, seule, rien ne m’avait avertie de la suite. A part peut-être cette banane en guise de goûter que je m’apprêtais à déguster:

– « Bonjour » me lança un grand monsieur, la trentaine bien entamée un peu trop sociable à mon sens.

– « ‘jour » je ne sais pas trop si j’ai bien fait de lui répondre à celui-là… Mais que voulez-vous, je suis polie!

– « Elle est bonne ta banane? »

Oui, alors là c’est vrai on tombe dans la caricature presque burlesque du pédophile amusé par la proie parfaite répondant au banal fantasme de ce fruit défendu. J’étais Alice aux pays des coins sombres.

– « Euh… oui! »

Bon, lui, il a pas l’air de savoir comment s’adresser à une jeune fille. Néanmoins du monde arpente la rue donc je ne m’inquiète pas encore.

– « Et t’as quel âge? »

Non mais sérieusement, demander son âge à une demoiselle en fleur. Où est-ce qu’il a appris ces manières? Ca va que je n’ai que onze ans et que je ne les fais pas!

– « J’ai presque douze ans ! » Entonnai-je, fière, car je pensais déjà à la fête d’anniversaire que mes parents allaient me laisser faire si je continuais à insister auprès d’eux.

– « Ah… presque… »

Son ton ne me plu pas tellement. Il avait dit ce mot qui laissait présager un plan et je compris que je devais partir… Oui, tout de suite!

Les envies de fête d’anniversaire disparurent bien vite et je traversai la rue laissant cet individu au bord du trottoir. Ma banane n’étant plus en vue, il allait me laisser en paix. Ouf!

Que nenni! Cinquante mètres plus loin, ces longues jambes se faufilèrent furtivement et marchèrent de nouveau à mes côtés. Cette fois, il n’était plus question d’anniversaire, ni de mon goûter mais bien de ses goûts à lui qui étaient bien personnels.

– « Et sinon… est-ce que t’as des poils au minou? Parce que si tu veux je pourrais te les lécher avec ma langue? »

Mon sang ne fit qu’un tour et mon corps se raidit. Je ne voulais pas entendre ça. Je n’étais pas prête à entendre ça. Je pressais le pas et la terreur m’envahit.

– « C’est cinq cent francs!!! » me lança-t-il en haussant la voix.

Petite parenthèse: après le traumatisme et la peur, encore à l’heure actuelle je me demande si c’est moi qui était censée le payer pour effectuer la tâche proposée ou bien s’il me proposait tout bonnement de me prostituer.

Amis lecteurs, aujourd’hui encore, le mystère reste entier!IMG_1477
Je dois avouer qu’aujourd’hui je ris doucement de cet évènement. Non, non, pas comme une veuve qui, dévastée par son chagrin de perte, se serait mise à rire nerveusement durant l’enterrement de son cher mari. Cela est récent, mais, oui, je ris de cet homme car il a été bien amusé (ou excité) par mon expression de stupeur. Il cherchait à me choquer avec ces obscénités et j’en viens même à penser qu’il ne me voulait pas de mal. Même si, bien plus tard, regardant une émission sur le « grêlé » des années 80, il me semble l’avoir reconnu et j’en viens donc à supposer que j’ai peut être eu de la chance et éviter un drame.

En arrivant dans la boutique, mon père, vit tout de suite que quelque chose n’allait pas. Impossible pour moi de lui répéter les mots que je venais d’entendre!! Je préférai nier, tout allait bien puisque nous allions rentrer à la maison.

Je savais ce qu’était un viol à cet âge et dans ma tête, je ne cessais de me répéter en boucle que j’avais failli en faire l’objet; durant toute la soirée, au coucher et le lendemain matin. Cependant, cette péripétie était en train de me manger de l’intérieur. Les mots devaient sortir, ma peine et le choc avec. J’étais restée bloquée sur cela, je ne pouvais pas faire semblant de …vivre?  De plus, j’avais enfin une brèche pour attirer l’attention et l’empathie sur moi. C’était en quelque sorte une aubaine, peut-être même attirée par la force de l’attraction si j’ose dire.

Arrivée avant l’ouverture du collège, je croisai Victoria, une copine, que je connaissais très peu et qui m’était très sympathique. Je lui lança alors cette formule comme incantée depuis la veille et lui raconta tout. Elle m’orienta alors vers la conseillère d’éducation du collège que j’allai voir à la récré si mes souvenirs sont justes. Je lui déballa ma mésaventure avec son lot de larmes et sanglots; je me sentie libérée d’un poids d’autant plus qu’elle se chargea de la restituer à mes parents et m’évita ainsi un moment de grand inconfort.

Ma mère ne l’entendit pas de cette oreille car elle fut vexée de ne pas avoir été mise au courant directement:

co07m« La prochaine fois qu’il t’arrive quelque chose comme ça, ce n’est pas la peine de venir m’en parler! » .

Oui, ces paroles peuvent paraître cinglante mais ce que je prenais pour de la méchanceté à l’époque, je l’ai compris quelques années plus tard: son sentiment de culpabilité de n’avoir pas pu me protéger de ce méfait était si fort, qu’elle n’a pas su comment le gérer…

Beaucoup de parents ne savent pas recevoir ce type d’information ou ne le comprennent pas tout simplement.

Il ne s’agit pas d’être un « mauvais parent » dans pareille situation mais plutôt de ne pas concevoir de tels propos ou actes et de n’y être donc pas préparé. S’en suit un comportement autiste qui vise à culpabiliser l’agressé puisque l’agresseur, ici, est hors de portée.

Dans certaines familles, lorsque l’abusé(e) va exprimer à ses parents qu’un autre membre de la famille l’approche de manière déplacée, il ou elle sera rapidement discrédité(e) et ne pourra que constater un déni viscéral, souvent immédiat et automatique.

Le déni peut avoir plusieurs motifs et celui revenant régulièrement est le déni pure de la réalité: difficile d’imaginer que son enfant ait pu être abusée ou approchée d’un inconnu ou d’un proche sans que l’on s’en soit rendue compte! Le devoir de protection incombé par le parent est ici mis à mal. Et éviter l’affrontement avec l’abuseur (dans le cas où il est proche ou membre de la famille, ce qui risque des conflits et provoquer l’explosion de la cellule familiale) devient alors une priorité sur l’appel à l’aide exprimé par la personne abusée.

Il est bien entendu que dans pareil cas, la personne concernée ressentira un sentiment d’injustice et de rejet énorme se mêlant parfois à la trahison.

Et si je ne peux être soutenue et faire confiance à ma famille, à qui le puis-je? Comment construire une identité solide quand une intrusion de la sorte s’immisce et sans que votre entourage n’ai la capacité de l’accepter ni même de l’accueillir, écouter?

C’est une des nombreuses questions que je me suis posée à cette période. Voyant mon corps changer, je me construisis via la croyance que cet homme, avait été attiré par ma féminité naissante et n’assumais donc celle-ci qu’à moitié, durant toute ma jeune jeunesse.

Il est probable que nombre d’entre vous ont eu à subir des abus, des attouchements pouvant aller jusqu’au viol. Ces actes peuvent venir diminuer notre estime et confiance en nous et les autres, provoquer des troubles psychologiques allant parfois jusqu’à la dépression et le suicide…

Ces blessures que nous portons nous pouvons les transcender, du moins nous en avons la capacité: il est clair que ce n’est pas facile, et  nous avons en chacun de nous, cette force tranquille qui ne demande qu’à être révélée. C’est à ce titre que j’encourage celles et ceux d’entre vous qui ont encore un, des souvenirs des plus enfouis et que vous laissez tapi dans l’ombre silencieusement… jusqu’à ce qu’il tambourine à votre tête et votre coeur parfois de la manière la plus destructrice si on ne s’y est pas penché dessus. Avant que cela n’arrive, il est plus que nécessaire de libérer votre parole et c’est en cela que la transcendance commence: l’important est l’écoute je crois, dans pareille situation.

Accordez-vous tout d’abord de l’amour pour vous-mêmes: vous n’êtes pas responsables des paroles ni des actes d’autrui. Ceux-ci sont les fruits des propres souffrances et perspectives reproduit parfois depuis des siècles de manières purement automatique! Il est grand temps de briser les chaînes des abus généalogiques et/ou arbitraires. Il est grand temps de s’affirmer et d’apprendre à dire « non » à ces mécanismes entravant notre liberté et notre détermination à être nous-mêmes.

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Crédit photos:

En-tête: http://lemondedena.canalblog.com/archives/2009/06/03/13719693.html

photos personnelles du Japon

dessin: http://www.eveil-foi.net/FichDim/CO07.htm

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